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Université de Corse

Depuis les années 1980, l’Université de Corse et le CNRS ont accompagné la structuration de la filière apicole insulaire. A travers un nouveau programme de recherche, cette dynamique permet d’ouvrir d’autres perspectives avec des niches commerciales diversifiées pour sa production.

C’est l’un des fers de lance de l’Université de Corse et du CNRS en matière de recherche chimique et biologique. Depuis une trentaine d’années, l’Université de Corse et le CNRS accompagnent scientifiquement les professionnels de la filière apicole par l’étude de la spécificité des miels corses. A travers un nouveau programme de recherche, ses enseignants-chercheurs comptent désormais poursuivre leurs travaux sur d’autres produits de l’apiculture afin de diversifier les niches commerciales du secteur.

« Au début des années 80, l’apiculture corse était à l’aube de l’édification d’une filière. Il s’agissait surtout de faire reconnaître un statut d’activité agricole à part entière pour favoriser les installations et augmenter la production », explique Marie-Josée Battesti. Ingénieur de recherche à l’Université de Corse depuis 2010, cette biologiste de formation est depuis près de quarante ans l’une des chevilles ouvrières de la structuration de la filière apicole insulaire. Durant des décennies, elle a œuvré auprès des apiculteurs au sein d’une association de défense et de promotion de la qualité du miel de Corse, en menant notamment des travaux sur la caractérisation des miels et de l’abeille écotype corse. « Ce long travail de concert entre le terrain et la recherche nous a permis de faire valoir les spécificités du cheptel et de ses productions », considère Marie-Josée Battesti.

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Université de Corse

En faisant le choix de la valorisation de la qualité liée à l’origine et à la typicité de ses miels, la stratégie de la filière s’avère payante : en 1998, elle obtient l’appellation d’origine contrôlée (AOC) « Miel de Corse – Mele di Corsica » puis son équivalent européen, l’appellation d’origine protégée (AOP), en 2000. Des « consécrations » qui ont introduit pour la première fois en France la notion de « miel de terroir » pour les différentes gammes de l’île, reconnaissant ainsi à la fois la  diversité et la qualité des produits.

Aux yeux de Pierre Torre, président du syndicat AOP « Miel de Corse », les choses sont claires : « Pour la filière, il y a eu un avant et un après AOC, considère l’apiculteur, installé depuis 1985 sur la commune de Cuttoli-Corticchiato. Cela a été déterminant à la fois pour reconnaître la typicité de nos produits et pour créer une véritable activité économique. Avant l’appellation, très peu d’apiculteurs vivaient de leur activité et nous avions des difficultés à vendre notre production car le miel n’était pas reconnu. Aujourd’hui, l’offre ne suffit plus à satisfaire la demande et nous installons de plus en plus de jeunes professionnels ».

Si bien qu’à ce jour, 115 apiculteurs sont recensés en AOC, dont 80 en statut de professionnels. À ce titre, pour accompagner le développement de la filière et de ses produits, le Laboratoire Sciences Pour l’Environnement (CNRS / Université de Corse), dans le cadre d’un appel à projets du Fonds européen de développement régional (Feder)*, a mis sur pied un programme de recherche sur les principes actifs des produits de la ruche, en partenariat avec le syndicat AOP « Miel de Corse », sur la période 2017-2020. En lien étroit avec la filière apicole de Corse, ce programme mis en œuvre sur le plateau technique de l’Université de Corse/CNRS vise à « enrichir la gamme des productions apicoles commercialisables, précise Julien Paolini, enseignant-chercheur en chimie et responsable de ce programme. Au-delà des analyses conventionnelles, par exemple autour du goût et de la couleur des miels, nos travaux consistent notamment à identifier des composés chimiques, comme marqueurs de la qualité liée à l’origine botanique et géographique des produits ».

Mais, au-delà du volet qualitatif, ce nouveau programme de recherche compte également ouvrir d’autres perspectives pour la filière au plan économique. Pour cela, une dizaine de chercheurs travaillent au quotidien sous la direction de Julien Paolini afin d’exploiter d’autres types de produits apicoles que le miel. « Nous cherchons à enrichir nos connaissances scientifiques sur les produits de la ruche susceptibles d’être valorisés par les apiculteurs, projette Julien Paolini. Des pistes sont explorées, s’agissant notamment des spécificités du pollen et de la propolis pour donner une valeur ajoutée à ces productions. De nombreuses valorisations, encore peu développées, sont à envisager, par exemple autour des soins cosmétiques à base de produits naturels ou bien de l’apithérapie selon le concept d’Hypocrate : que l’aliment soit ton premier médicament ».

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Université de Corse

Des « pistes de diversification » qui trouvent un écho très favorable du côté des professionnels de la filière apicole. Et pour cause, malgré une commercialisation du miel qui bat son plein depuis plusieurs années désormais, la profession fait face à une baisse drastique de la production de miel, chiffrée par le syndicat AOP à « environ 50 % » par rapport à 2016 en raison notamment de la sécheresse et de l’affaiblissement des colonies d’abeilles. « Aujourd’hui, nous avons plus de mal à produire le miel qu’à le commercialiser, constate Pierre Torre. C’est très inquiétant et cela doit nous amener à trouver rapidement de nouvelles niches économiques autour de l’apiculture, pour assurer la pérennité de notre activité en compensant les chutes de la production ».

Un enjeu de taille auquel le nouveau programme de recherche de l’Université de Corse et du CNRS, s’efforce désormais de répondre.

*Cofinancé par l’Union européenne et la Collectivité de Corse.

 

A propos de l’Université de Corse Pasquale Paoli
Fondée en 1765 et rouverte en 1981, l’Université de Corse Pasquale Paoli est aujourd’hui une structure de formation et de recherche résolument ancrée dans son territoire, en prise directe avec les grandes problématiques locales et internationales. Pour ouvrir la voie de la réussite, de l’insertion et de l’émancipation à ses 4600 étudiants, l’Université de Corse s’est dotée des moyens appropriés, en termes institutionnels, avec un accès à l’autonomie parmi les toutes premières universités ; en termes scientifiques, avec une politique de recherche déclinée en 8 projets structurants et labellisés par le CNRS ; et en termes éducatifs, avec plus de 100 diplômes répartis en 4 grands domaines fondamentaux, qui incluent des formations professionnalisantes et des enseignements de pointe comme PACES, ou une Ecole d’ingénieurs. Ces orientations stratégiques répondent à une volonté de faire fructifier les compétences acquises depuis plus de 30 ans. C’est pourquoi l’impact territorial de l’Université de Corse est indissociable de sa lisibilité internationale, marquée par notre participation active à des réseaux de partenaires mondiaux : notre Université fait partie de l’Association de Recherche et de Coopération Euro-Méditerranée (avec Paris VI, Nice Sophia Antipolis, Sud Toulon Var, Gênes, Turin et Pise) ; elle a fondé le Réseau d’Excellence des Territoires Insulaires (RETI) qui rassemble aujourd’hui 27 universités insulaires dans le monde.

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