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Décision historique et attendue depuis des mois par les associations de protection de l’environnement, dont la Save the Bees coalition qui réunit plus de 100 ONG européennes, dont WECF France, les apiculteurs, et tous ceux et celles souhaitant stopper la surmortalité des abeilles depuis de nombreuses années : l’UE a enfin interdit ce 27 avril 3 pesticides néonicotinoïdes, mis en cause dans la mortalité des abeilles. Alors que la Commission européenne continue à traîner des pieds sur le dossier des perturbateurs endocriniens, elle semble avoir entendu les arguments de la société civile. Sa décision est également en accord avec un avis de l’EFSA.

Néonicotinoïdes : quels dangers ?

Ce dossier empoisonne littéralement non seulement les abeilles, mais plus largement le monde agricole. Les néonicotinoïdes sont des pesticides dont l’emploi s’est généralisé depuis leur mise sur le marché dans les années 90, jusqu’à devenir aujourd’hui les pesticides les plus utilisés dans le monde. Ils sont majoritairement utilisés sous forme d’enrobage de semences. Ils ont la particularité d’être solubles dans l’eau et une fois absorbés par la plante, ils deviennent systémiques : on les retrouve dans les tissus vasculaires et les feuilles, afin de protéger la plante contre les insectes herbivores. Seulement 5% du pesticide est absorbé, le reste étant dispersé dans l’environnement. Des cas d’empoisonnement de masse d’abeilles en Italie et en Allemagne liés à des poussières contaminées par des pesticides ont été relevés. Ils affectent le système nerveux des insectes, pouvant mener à la paralysie et la mort. Des traces de néonicotinoïdes dans les sols agricoles, le pollen et le nectar de fleurs traitées sont constatées. Leur présence est mise en cause depuis plusieurs années dans la mortalité d’abeilles à miel, le développement des colonies et la production des reines.

3 pesticides néonicotinoïdes interdits définitivement en plein champ…

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En 2013, devant l’accumulation de nouvelles données sur la dangerosité des néonicotinoides, l’Union européenne avait adopté un moratoire sur l’usage de 3 pesticides l’imidacloprid, le clothianidin et le thiamethoxam mais seulement sur les plantes attractives pour les abeilles… qui restaient donc exposées via les autres plantes.
La Direction générale Santé de la Commission européenne se basait notamment sur une série de rapports de l’EFSA (Agence européenne de Sécurité des Aliments) publiés entre 2013 et 2018 sur les dangers de 3 néonicotinoïdes. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a affirmé que la santé des abeilles était l’une de ses priorités, en raison des enjeux en matière de biodiversité, de production alimentaire et environnement.
Le 27 avril, sur proposition de la Commission, un comité réunissant les Etats membres a voté l’interdiction des 3 pesticides en plein champ, autorisant leur seul usage dans des serres fermées non accessibles aux abeilles. La mesure doit s’appliquer d’ici la fin de l’année 2018.
Pour Martin Dermine, de Pesticides Action Network, ONG fortement mobilisée sur le sujet et membre de la coalition Save the bees : « Autoriser les néonicotinoïdes pendant un quart de siècle a été une erreur et a conduit à un désastre environnemental. Une majorité d’États membres vient de donner un signal clair en faveur d’une transition de notre agriculture. L’usage de pesticides tueurs d’abeille ne peut plus être autorisée et seuls d’autres pratiques durables devraient permettre d’assurer la production alimentaire. »

…et les autres ?

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A l’heure actuelle, 2 pesticides néonicotinoïdes restent autorisés en Europe : l’acetamiprid et le thiacloprid. L’acetamiprid est peu dangereux pour les abeilles selon l’EFSA. En 2017, l’autorisation de la substance a été renouvelée par l’UE jusqu’en février 2033. Le thiacloprid est lui candidat à la substitution à cause de ses propriétés de perturbateur endocrinien. La procédure de renouvellement est en cours : il pourrait être autorisé s’il n’existe pas d’alternatives plus favorables.
En France, en 2016, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages a interdit l’usage de tous les pesticides néonicotinoïdes au 1er septembre 2018. Mais des dérogations pourront être accordées jusqu’au 1er juillet 2020 sur la base de données risques/bénéfices.
Mais l’inventivité des firmes agro-chimiques étant sans limites, d’autres produits, non étiquetés « néonicotinoïdes » mpais dénommés « sulfoximines » aux effets similaires sont mis sur le marché : c’est le cas du sulfoxaflor.
L’ONG Générations Futures a obtenu gain de cause par référé – confirmé par le Conseil d’Etat – pour demander la suspension de la commercialisation de 2 produits à base de sulfoxaflor commercialisés par Dow Agosciences SAS, dénonçant ses effets neurotoxiques, dans l’attente que l’Anses statue sur le fond.

Sources : Press release, European Commission, 27 avril 2018
Page dédiée aux néonicotinoïdes, European Commission
Commission a step closer to Juncker’s pledge to save the bees, Politico, 27 avril 2018
Le point sur l’interdiction des substances néonicotinoïdes en France, Ministère de l’agriculture, 27 avril 2018
Press release” » », Pesticides Action Network, 27 avril 2018
Neonicotinoids : risks to bees confirmed, EFSA, 28 février 2018
The environmental risks of neonicotinoid pesticides : a review of the evidence post 2013, Environ Sci Pollut Res Int. 2017 ; 24(21) : 17285–17325.
Le Conseil d’Etat confirme la suspension de deux pesticides à base de sulfoxaflor, Actu Environnement, 19 février 2018.

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