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Réaction de Michèle Rivasi, députée européenne écologiste, co-rapporteure sur la gouvernance de l’énergie au Parlement européen :

En novembre 2017, la Commission a présenté sa liste des « Projets d’Intérêts Communs » (PIC) éligibles pour des procédures administratives accélérées et d’importants fonds publics. Cette liste prioritaire comprend des interconnexions électriques, mais aussi des terminaux méthaniers et des gazoducs. Nous sommes plusieurs députés européens à remettre en cause le nombre élevé de projets gaziers, la méthodologie utilisée par la Commission pour établir la liste et le niveau de transparence déployée. Nous avons déposé en plénière une objection à cette liste, mais une majorité de députés a voté contre cette objection aujourd’hui et soutient malheureusement cette troisième liste prioritaire.

« C’est une mauvaise nouvelle pour le climat et la transition énergétique. Dans sa forme actuelle, la nouvelle liste de PIC soutiendra des projets gaziers fortement subventionnés, faussera le marché de l’énergie et menacera le développement urgent de programmes d’efficacité énergétique et de capacités d’énergie renouvelable, qui sont la clé de la future énergie européenne.

Cette liste comprend plus de 100 projets gaziers (dont les projets Midcat et Erida et le gazoduc TAP) qui vont être éligibles pour des fonds publics comme le financement du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (CEF). Jusqu’à présent, le programme CEF a dépensé plus de 1,2 milliard d’euros de subventions publiques directes pour les projets gaziers – des fonds publics qui auraient pu être utilisés pour financer la transition énergétique au lieu de soutenir les combustibles fossiles.

Cette liste est le symbole de la volonté de l’industrie gazière. Il faut casser les mythes diffusés par l’industrie gazière du besoin de nouvelles infrastructures de gaz. Le gaz fossile ou « gaz naturel » n’est pas une énergie propre, il est incompatible avec une élimination du carbone. Il émet une quantité non négligeable de CO2 lors de sa combustion et il laisse surtout s’échapper du méthane, un puissant gaz à effet de serre, dont l’impact est 86 fois plus important que le CO2 sur une période de 20 ans.

Rien ne justifie de nouveaux investissements dans le gaz. L’Union européenne dispose déjà de suffisamment de capacité pour couvrir la demande de gaz jusqu’en 2040 sans construire de nouvelles infrastructures. En réalité, la plupart des États-membres ont des surcapacités grandissantes et de nombreuses infrastructures existantes sont sous-utilisées. Les terminaux méthaniers existants fonctionnent à moins de 25% de leur capacité. Quant à la demande globale de gaz, elle a chuté de presque 13% depuis 2010.

Cet enfermement européen dans un carcan gazier est en contradiction directe avec le vote du Parlement européen de supprimer les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2050. Si toutes ces infrastructures prévues dans cette nouvelle liste se construisent, il n’y aura aucun moyen de sortir de l’énergie gazière pendant des décennies, nous perdrons beaucoup d’opportunités d’investir dans des modèles plus durables et innovants et il sera difficile de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C. »

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